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Tunisie – Les Emirats Arabes Unis rappellent leur ambassadeur à Tunis suite aux déclarations de Marzouki  

Nichée sur le plateau d’Anatolie, au cœur de la Turquie, Konya est la cité des derviches tourneurs, ces mystiques de l’islam soufi, un ordre fondé au xiiie siècle par un poète venu d’Afghanistan, Mevlana Jalaeddine Roumi. Sainte et mystique, Konya ne s’offre pas, il faut la découvrir.

En ce début de printemps, un vent glacial balaye Konya. Pour échapper aux frimas, les hordes de touristes qui se déversent des cars courent en chahutant jusqu’au " musée " de Mevlana, un ensemble de bâtiments dont l’édification a commencé en 1231 et qui, planté au centre de Konya, fait l’orgueil de la ville. Certains espèrent croiser quelque derviche en train de danser ; les guides qui les accompagnent expliquent qu’aucun show n’est programmé ce jour-là. Déception...

Tunisie – Les Emirats Arabes Unis rappellent leur ambassadeur à Tunis suite aux déclarations de Marzouki Tunisie – Les Emirats Arabes Unis rappellent leur ambassadeur à Tunis suite aux déclarations de Marzouki

Cheik Nadir ne semble pas les voir. La cinquantaine trapue, il avance, indifférent, jusqu’à la porte des Derviches qui marque l’entrée du musée. Là, il s’arrête et, la main sur le cœur, se penche en une salutation respectueuse, marmonne une bénédiction dans sa barbe poivre et sel. Un gardien quitte son poste, vient à sa rencontre. Un étrange rituel se produit : les deux hommes se serrent les mains, paume contre paume et pouces croisés, les lèvent à la hauteur de leurs épaules, puis chacun baisse la tête et embrasse la main de l’autre. Rituel furtif qui marque l’appartenance à la confrérie des Mevlavi, et que cheik Nadir répétera plusieurs fois : avec le directeur du musée qui sort l’accueillir, avec un balayeur, avec d’autres fidèles, hommes et femmes, qu’il croise là. " Cela signifie que nous sommes tous égaux ", souffle le cheik, qui est le plus haut dignitaire religieux de la confrérie dans la ville de Konya.

Les touristes ont déjà envahi la pièce maîtresse du musée, où sont alignées soixante-sept tombes recouvertes de brocards, celles de Roumi, de membres de sa famille, de ses premiers compagnons. Se doutent-ils que ce musée-là fut le tekke, le couvent fondé par Roumi lui-même, dans le Jardin des roses que lui avait offert le sultan ? Un tekke resté en activité jusqu’en 1926, date à laquelle Atatürk, le père de la jeune République turque, a fait interdire les confréries, et transformé ce haut lieu de la mystique musulmane en site touristique. Du fait du rôle politique prépondérant qu’ils occupaient à l’époque des sultans ottomans, les derviches avaient été la principale cible de l’ire laïque. Plus que du folklore

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La version officielle de l’histoire veut que, depuis cette date, la confrérie interdite, qui avait un temps basculé dans la clandestinité, ait rejailli de ses cendres sous une forme folklorique, à savoir les spectacles de danse qui culminent chaque année à Konya, pendant une semaine de festival marquant la date anniversaire du décès de Roumi, le 17 décembre 1273. Mais alors, comment expliquer la ferveur qui s’empare des pèlerins musulmans à l’entrée du tekke-musée ? Les larmes de cette femme qui, paumes tournées vers le ciel, murmure des prières devant le mausolée de Roumi ? Ce mélange de respect et d’amour qui se lit dans les yeux de tous quand Farouk Hemdem Celebi pénètre dans la cour du tekke et se dirige vers un vaste salon privé où il reçoit les membres de la confrérie ?

Farouk Hemdem, vingt-deuxième descendant en ligne directe de Jalaeddine Roumi, est le trente-troisième titulaire du titre de Celebi, ou guide spirituel des Mevlavi. Dans le tekke, ce géant blond est un peu chez lui : jusqu’à ce que son grand-père, Bakir Celebi, en soit chassé, tous ses ancêtres, depuis Roumi, ont habité là, parmi les derviches qui se consacraient à l’amour de Dieu. Et, petite entorse à la laïcité, c’est dans le matbah, la cuisine du tekke devenue un musée de cire, que lui et sa sœur aînée ont été initiés, selon les règles de la tradition ancestrale.

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Farouk Celebi ne conserve aucune amertume quand il évoque ce passé flamboyant. Tout juste regrette-t-il la multiplication des troupes de danse qui miment, dans les hôtels de Turquie, le sema des derviches, ce rituel qui conduit les danseurs à l’extase mystique. Il regrette encore plus l’apparition de faux cheik, " gourous sectaires qui malmènent un enseignement plusieurs fois centenaire et dénaturent la tradition ". Lui-même a la haute autorité sur la confrérie, et il est le seul habilité à délivrer des ijaza, sortes de certificats d’accréditation, à des cheiks longuement initiés, qui délivrent à leur tour le savoir à leurs disciples, au sein d’un sema, en Turquie, mais aussi dans une dizaine de pays occidentaux. " C’est une énorme responsabilité. Dans ce cas, comme dans bien d’autres, je reviens à Konya, dont je m’imprègne de l’atmosphère sacrée, puis je demande à mon aïeul, Mevlana, de m’indiquer la meilleure voie ", dit-il.

Konya où le soufisme vivant, celui des anecdotes et des contes de sagesse, continue de s’alimenter tous les jours. Autrefois professeur de littérature islamique à la faculté de Théologie de l’université de Konya, auteur d’ouvrages de référence sur le mevlavisme, Selahaddin Hidayetoglu a été victime, il y a quelques années, d’une attaque cérébrale. A force de volonté, il a récupéré la parole, avec l’éloquence en moins, ainsi que l’usage de ses mains. Cet enseignant, qui fut réputé pour son austérité, est devenu un homme pétillant d’humour et de malice. Ses longs cheveux gris lui tombent sur les épaules et, faute de pouvoir pratiquer les génuflexions de la prière rituelle, il a pris l’habitude d’aller chaque vendredi se recueillir devant la tombe de Roumi, puis de s’installer dans les jardins du tekke.

C’est là que, récemment, un commerçant de Konya l’a abordé : " Cheik, permets-moi de t’embrasser la main. – Paye d’abord. Donne-moi ton portefeuille ", répondit le professeur avant d’en distribuer le contenu à des miséreux. La suite, c’est un Selahaddin Hidayetoglu hilare qui la raconte, calé dans un sofa, dans son appartement du vieux Konya. " Le soir même, ce commerçant m’a rappelé, éberlué. Juste après notre rencontre, un homme qui lui devait depuis des années une grosse somme d’argent, a débarqué chez lui à l’improviste et a remboursé sa dette. " Un miracle de Mevlana ? Ici, chacun y croit dur comme fer. Le professeur Hidayetoglu s’abstient de tout commentaire : dans la tradition soufie, c’est à l’auditeur de tirer la morale de l’histoire. En dehors des chemins touristiques, Konya est un abîme de légendes. " Notre esprit est imprégné de celui de Mevlana ", insiste Nazif, un jeune commerçant qui affirme avoir vu, au moment du Festival annuel des derviches, les oiseaux de Konya danser autour du mausolée de Roumi, exactement comme le font les Mevlavi. Son ami Osman, un pieux musulman qui ne fréquente guère les confréries soufies, est tout aussi catégorique quand il dit que " l’âme de Roumi et les prières des derviches mettent notre ville à l’écart des tremblements de terre, pourtant fréquents dans cette région du monde ". Des légendes, on en raconte aussi autour des dizaines de lieux secrets de pèlerinage qu’abrite la ville. Pour y accéder, il faut pousser de vieux portiques en fer rouillé, traverser les jardinets occupés par des familles qui se transmettent de génération en génération la charge de gardiennage, se déchausser, se recueillir devant les mausolées de Jamel Dede ou de Tawous Baba, les premiers compagnons de Roumi, ou devant d’autres tombes, tout aussi anciennes, dont seuls les initiés connaissent l’adresse.

On respecte le silence de cheik Nadir qui, main sur le cœur, se perd en une profonde méditation interrompue par l’appel du muezzin à la prière. " Je prie Dieu cinq fois par jour à la mosquée, je le prie aussi au sema (lieu de réunion des soufis) où je ressens Sa présence d’une manière intense. J’ai été initié il y a quarante-quatre ans. Et depuis quarante-quatre ans, je danse pour Dieu, en public lors du festival, et plus souvent avec mes compagnons, dans le sema. Quand je danse, un incroyable sentiment de liberté s’empare de moi. Je sors de mon être, je me rapproche de l’Eternel, j’entre en communion avec Lui. " Puis cheik Nadir se tait : " Je ne saurais pas vous expliquer cette sensation."

Istanbul. Deux dimanches par mois, les derviches dansent à Galata Mevlavihanesi, un couvent de la confrérie édifié en 1491, reconstruit à l’identique après un incendie en 1765, et transformé au début du siècle dernier en musée. Les touristes ont acheté leurs billets d’entrée et prennent place autour de la scène circulaire. Douze derviches pénètrent sur la scène, suivis de deux cheiks ; douze musiciens prennent place dans la mezzanine. Selon un rituel immuable (voir encadré), ils avancent, reculent, tournoient, leurs robes blanches virevoltent. Parmi les spectateurs, quelques femmes ont recouvert leurs cheveux d’un léger voile, quelques hommes ont porté leur main sur le cœur, dans leurs regards se lit la ferveur. Sur la piste, les visages des danseurs reflètent l’extase : yeux chavirés, tête légèrement penchée, ils tournent, tournent. Dans une arrière-salle, à l’abri de la curiosité du public, des jeunes femmes, appartenant au même sema, tournent elles aussi. Leur visage n’est plus que mystique.

" Le public ? Je ne le vois pas. Dans le sema, je suis transporté ailleurs. Mon esprit se vide puis se remplit de la seule présence de Dieu. J’ai vingt-neuf ans, j’ai reçu l’appel il y a deux ans. Et je crois que je suis engagé à vie : quand on éprouve cette sensation, il est très difficile ensuite de s’arrêter ", confie Serap. Après la cérémonie, ce jeune employé de banque s’est attablé avec les autres derviches dans un café branché d’Istanbul. Les derviches ? Des jeunes gens " normaux ", jeans et baskets, des jeunes filles aussi, cheveux au vent, qui assistent aux cours des deux cheiks, Hussein Top et Kadri Yetis, l’un enseignant la théologie et l’autre la pratique. Certes, l’initiation d’aujourd’hui n’a plus grande chose à voir avec celle qui avait cours jusqu’en 1924. Jusqu’à cette date, les plus fervents membres de la confrérie s’isolaient mille et un jours dans les couvents monumentaux des Mevlavi, partageant leur temps entre les cellules individuelles et le matbah (cuisine) pour un parcours initiatique scrupuleusement défini. C’est ensuite qu’ils intégraient le cercle des danseurs et des musiciens, ceux qui atteignent l’extase et la font partager aux spectateurs-méditants.

Les derviches d’aujourd’hui admettent qu’une page s’est tournée, mais refusent de se considérer comme de simples " danseurs ". Ils se voient d’abord comme des quêteurs de sens. Attablés devant un café-crème, ils racontent leur " rencontre " avec Mevlana, leurs premiers contacts avec le sema, l’engagement, le cœur qui s’ouvre, l’expérience de l’extase décrite comme " le dessert après le repas qu’est la prière ". Quelques heures plus tôt, Serkant tournoyait dans le sema ; son visage émergeait, extatique, de la robe blanche déployée en corolle autour de lui. Il semblait droit sorti d’une gravure, d’un rêve. Cheveux longs et moustache élégante, le jeune homme a du mal à placer des mots sur son vécu, à ces instants-là. " J’étais vidé de tout, sauf de Dieu. Il est si difficile de redescendre sur terre quand on vit une telle expérience... " Etude et rituel vont de pair

Deux fois par semaine, ces jeunes derviches suivent les cours des deux cheiks qui dirigent le sema. Avec l’un, ils se plongent dans le Coran et dans les écrits de Roumi. Avec l’autre, ils répètent inlassablement le rituel de la danse et pratiquent le dhikr, la répétition du nom d’Allah. Il ne s’agit pas de cours, insistent-ils, mais de rencontres spirituelles, comme dans toute confrérie soufie. A la différence près qu’ici, l’extase s’atteint par la musique – sema signifie " l’écoute ". Dans la curiosité qu’ils suscitent auprès du public occidental, ces derviches veulent surtout voir un intérêt pour la mystique de Roumi. D’ailleurs, la présence du public lors de séances ouvertes ne fait-elle pas partie de la très ancienne tradition de ces soufis ? Après tout, Roumi lui-même dansait en public, dans les rues de Konya...

Le sema, danse rituelle en sept actes Comme tous les soufis, les Mevlavi pratiquent le dhikr, la répétition du nom d’Allah, qu’ils égrènent 99 fois à l’aide de leur tespih, chapelet à 99 grains. Mais ils sont surtout connus pour le sema, la danse rituelle qui symbolise, en sept actes, le cycle d’élévation mystique vers la perfection. Portant leur coiffe conique brune et leur robe blanche (la pierre tombale et le linceul de l’ego), ils ôtent d’emblée leur manteau noir, marquant ainsi leur naissance à la Vérité. La danse giratoire, ponctuée de pauses et de salutations qui ont toutes un sens symbolique, culmine quand les derviches commencent à tourner sur eux-mêmes, jusqu’à atteindre l’extase, dite le finafillah, littéralement " l’extinction en Dieu ". Cette danse est accompagnée d’une musique divine, la musique des derviches. La cérémonie s’achève par une lecture du Coran et une prière pour la paix de l’âme de tous les prophètes et de tous les croyants, quelle que soit leur religion.

Lectures

Il existe de nombreuses biographies de Roumi. Sur un mode romancé : Roumi le brûlé, de Nahal Tajadod (Lattès, 2004). De facture plus classique : Rumi, de Leila Anvar Chenderoff (Entrelacs, 2004). L’œuvre majeure de Roumi, le Mesnevi, un poème en 26 000 strophes et six volumes, a fait l’objet de traductions partielles (voir Le Mesnevi, 150 contes soufis, Albin Michel). D’autres poèmes sont également traduits (Odes mystiques, Seuil Points ; Rubaiyat, Albin Michel Spiritualités vivantes). Sur Internet : www.mevlana.net (le site officiel, en anglais) et www.mevlana.ch (le site de la branche suisse des mevlavi).

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